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Le profil d'une Ecole d'Athènes permanente




Des racines Hellènes

Dans les années 1980, l'Egypte et l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture) ont décidé de reconstruire la Bibliothèque d'Alexandrie dans le même sens d’universalité que l'ancienne institution : un lieu de recherche, de connaissance et d’échange libre d’idées. Aujourd'hui, c’est un monument dédié à la culture Hellénique et à la propagation de la connaissance. Comme pour marquer cela, à l'entrée de la ville d'Alexandrie, en arrivant par l'autoroute du Caire, on trouve un panneau de bienvenue en grec et en arabe (alors que l'anglais et le français se font remarquer par leur absence). La Bibliothèque offre de prime abord une statue imposante d'Alexandre le Grand. Ces symboles mineurs renforcent les liens entre les civilisations méditerranéennes dont les philosophes sont toujours reconnus dans le monde actuel.

Dans la tradition, la Nouvelle Ecole d'Athènes aspire à devenir la version XXIème siècle de l'ancienne Académie de Platon. L' Académie originelle qu’il fonda en 320 avant J-C, a connu de nombreuses péripéties au cours des siècles, avant d'être fermée définitivement par l'Empereur Justinien en 529. Au bout de 900 ans d'histoire, elle demeure pour l'Occident le domaine de la pensée philosophique, à tel point qu'Alfred North Whitehead, l'éminent philosophe Britannique, a déclaré que « Toute philosophie n'est qu'une note de bas de page d'un texte de Platon ». Même après l’éradication de la Bibliothèque, l'Académie de Platon continua à se maintenir dans le monde arabe et persan pendant plusieurs années, avant de tomber en hibernation au Xème siècle. Si une vraie résurrection est accomplie aujourd'hui, avec la Nouvelle Ecole d'Athènes, dans la ville même d'Athènes, ce serait la première fois que le Phénix renaîtrait de ses cendres après 2 300 ans. Un événement fantastique et c'est peu dire !
Mais le parallèle avec l’Ancienne Ecole d’Athènes ne doit pas, exclusivement, rester une comparaison séduisante. Ce n'est pas un coup médiatique mais une tentative véritable, de faire revivre l’une des expériences les plus positives du monde antique. Il y a beaucoup de points communs entre les deux écoles, que ce soit sur le fond ou sur la forme.

• En premier lieu, Platon considérait la « politique » comme une partie de la philosophie. Sous sa forme la plus noble - cette discipline n'étant pas connotée péjorativement comme elle l’est aujourd'hui – elle est associée à la gestion avisée de la polis, ou ville. Sous sa forme moderne, la NEA (Nouvelle Ecole d'Athènes) se penche sur la « cosmopolitique » et une meilleure gestion de la planète face aux défis mondiaux les plus importants. Ce qui manque à la mondialisation, aujourd'hui, c'est une structure politique. La mondialisation des structures de
gestion et de gouvernance mondiale en sont à leurs balbutiements. La NEA contribuera à l’avancée indispensable.

• En second point, afin de respecter l'esprit de l'Académie originelle, on pourrait imaginer un véritable centre de dialogue autour des enjeux idéologiques, un lieu de rencontre sur les différents points de vue mondiaux, un rendez-vous de confrontations d’idées. Il y a trois groupes d'acteurs primordiaux dans la gestion de la mondialisation : les gouvernements, les entreprises et la société civile. La Nouvelle Ecole souhaiterait qu’il y ait davantage de dialogues entamés entre les trois parties, pour une recherche de convergence et d’intérêts communs, et aspire, tout particulièrement, à se situer entre l'idéologie de marché libre de Davos et « l'autre » mondialisation, plus humaine, de Porto Alegre.

• En troisième point, de nouvelles versions de la méthode socratique et d'autres techniques innovantes de communication seront tentées. Aujourd'hui, il existe une "lassitude de conférences". Des conférences ont lieu chaque jour, partout dans le monde. Les mêmes choses sont débattues encore et encore, et pourtant, peu de choses sont réalisées. Pour varier les métaphores, les gens continuent de faire des phrases alors que Rome brûle.
Au travers de ses conférences, la Nouvelle Ecole d’Athènes va essayer des technologies inédites de dialogue et les transposer sur Internet qui sera son meilleur allié en tant que nouvelle agora où les esprits se rencontrent, malgré les distances.

• Enfin, la NEA doit devenir une vraie école, ne pas se contenter d’être seulement un laboratoire d’idées mais avoir un véritable rôle pédagogique. En donnant des cours et en formant les dirigeants, elle aidera à la création de conditions adéquates pour que notre monde progresse. L’ école ne prodiguera pas forcément les enseignements des universités normales mais choisira un créneau ultra précis que nous définirons plus tard.


Structure moderne et activités mondiales

La Nouvelle Ecole d'Athènes sera physiquement située à Athènes mais ce sera une organisation mondiale d'individus et d'institutions partenaires. Sa source d'inspiration est grecque mais sa portée internationale. C'est en cela qu'elle se rapproche des Jeux Olympiques, une idée, grecque à l’origine, et qui est devenue mondiale. Les Jeux ont lieu à des endroits différents avec la participation d'athlètes du monde entier et pas seulement grecs. De même, les conférences et les activités de la NEA devraient avoir lieu dans des lieux différents, bien que son administration centrale doive, par principe, demeurer à Athènes.
La valeur ajoutée de la NEA sera la réalisation de plans d'actions. Pour être plus précis, il est important de faire
une pause et de se demander ce qu'est véritablement un plan d'action. Nous pensons qu'il y a trois conditions à remplir avant d'être sûr d'avoir un véritable plan d'action :
1/ Une tâche à accomplir,
2/ un calendrier clair pour l’exécution,
3/ un cahier des charges pour décider qui fera quoi.

Toutefois, un plan d'action peut être contraint par la marche de manoeuvre d’une Organisation. Si la NEA souhaite mettre en place une conférence, elle développera sans problème, un plan d'action incluant des groupes de travail, un calendrier, un coût et une répartition des tâches. Néanmoins, si la NEA veut contribuer à la résolution du problème du réchauffement climatique, elle n'a pas toutes les cartes en main et doit clairement faire appel aux autres. Elle peut toujours établir une liste de choses à faire et organiser un planning à respecter par ceux qui font avancer le monde. Elle ne peut pas assumer des pouvoirs et des responsabilités qu'elle n'a pas.
Pour poursuivre ce raisonnement s’ensuit l'idée que les plans d'action de la NEA pourraient reposer sur quatre types de contribution différents.

1. Un rôle d'incubateur d'idées.
La Nouvelle Ecole pourrait se concentrer sur l’élaboration d'une nouvelle génération de solutions réalisables pour soulager le monde, en devenant un laboratoire supérieur d’idées, collectant les points de vue et prélevant le meilleur chez les think-tanks existants. C'est aujourd'hui totalement réalisable grâce à Internet qui est une mine d'or en ce qui concerne les idées, les inspirations, les stratégies et les tactiques. Confronter les idées continuera de se faire dans les conférences traditionnelles grâce à nos méthodologies innovantes. Notre fonction d’ « incubateur d’idées » sera de se concentrer sur des études intégratives et la transformation de celles-ci, en plans d'actions significatifs.

Cela implique d'être capable d’identifier une nouvelle génération de solutions possibles, de les développer et d'essayer de les rendre réalisables, au moins en termes d’énumération et d’agenda.

2. La promotion d'un changement positif
Sachant que nous ne sommes pas directement ceux qui font avancer le monde, nous devons convaincre les grands pouvoirs de l'importance des stratégies élaborées et de la manière dont elles peuvent être réalisées. Là, est notre rôle de défenseur. Pour y parvenir, nous avons besoin de l'aide de grands ambassadeurs d'influence mondiale. Ceux-ci pourraient être des anciens Chefs d'Etat, des leaders d'opinion, de grands chefs d'entreprise. De plus, ce rôle pourrait conduire à des partenariats concrets avec des groupes aussi influents que l'OCDE, le FMI, la Banque Mondiale, l'Union Européenne, la CEO et la société civile. Nous pourrions être à l'origine d'une sorte de relation "ping-pong" où nous transmettrions nos idées et ferions « incuber » certaines des solutions proposées…

3. L'Ecole des enjeux mondiaux
La NEA devrait s’appeler : "Ecole des Enjeux Mondiaux". En formant les dirigeants du présent et du futur, nous mettrons en avant notre rôle de promoteur et d'incubateur d'idées.
Dans un premier temps, les enseignements et les formations de la Nouvelle Ecole seront délivrés aux dirigeants des secteurs publics et privés dans des domaines liés à la gestion des challenges mondiaux. A ce moment-là, le corps professoral, ne sera vraisemblablement pas en permanence à Athènes mais viendra de par le monde. Les enseignements pourraient être donnés sous forme de séminaires concentrés sur deux jours ou en versions étendues d'un mois. Les détails viendront plus tard.

4. Un catalyseur favorisant la participation citoyenne
Il s'agit d'une des tâches principales à accomplir. Le travail de la NEA ne doit pas être simplement élitiste. Il doit aussi inclure, via Internet ou d'autres supports, la communauté internationale. Il doit encourager et promouvoir la participation des citoyens.
Ce n'est que dans l’aspiration à l'alliance des entités démocratiques que le véritable changement peut être envisagé. La force de la société civile le prouvera. Internet rend possible quelque chose qui ne l'était pas dans l'Antiquité à Athènes : une communication intellectuelle en dépit des distances. Ainsi de nouvelles formes de démocratie délibérative et interactive pourront être pensées et appliquées.


Conclusion

Certaines personnes pourraient se demander : la NEA n’est-elle pas en train d'essayer de réaliser ce qui est en train d'être fait ailleurs ? Ne reproduisons-nous pas des initiatives déjà existantes? Après tout, il y a déjà un Davos et un Porto Alegre, des dizaines d'écoles de commerce et d'études politiques dans les universités, une pléthore de laboratoires d’idées publics et privés. Pourquoi cette nouvelle initiative ?

Nous avons deux réponses à cette objection. D’abord, pourquoi faudrait-il adopter un modèle de monopole dans le monde des idées ? Si quelqu'un, quelque part dans le monde, étudie le changement climatique, est-ce qu’on devrait pour autant abandonner ce sujet et attendre les résultats en provenance d’un seul organisme ? Devrait-il y avoir un seul journal dans le monde, un seul fabricant d'ordinateurs, une seule compagnie de location de voitures ? Certainement pas. Si les mêmes problèmes et les mêmes défis sont étudiés, en même temps, dans plusieurs institutions, la diversité des résultats n'appauvrira pas le débat, bien au contraire l’enrichira.

Parler de la nécessité d'un monopole est aussi absurde que de prétendre être obligé d’annuler votre soirée du nouvel an parce que j'en organise une chez moi. La concurrence est quelque chose de positif. La concurrence intellectuelle est ce qu'il y a de mieux et nous devons à tout prix nous abstenir d'imposer une pensée
unique totalitaire.

Deuxièmement, si chaque élément individuel, de ce que la NEA planifie se trouve déjà quelque part dans le monde, nous pensons que la combinaison de ces éléments, est, quant à elle, totalement originale. A notre connaissance, aucun autre groupe ne combine à la fois des innovations méthodologiques (échanges d’idées et conférences d'un type nouveau) et une telle approche de la cosmopolitique. Si tel est le cas, alors, où sont les autres Nouvelles Ecoles d'Athènes?

Dans le même ordre d'idée, je dois vous avouer mon admiration pour ce que j'appelle le modèle d’entreprise qu'est Apple. Dans les années 80, Apple, sous la direction de Steve Jobs, présentait l'interface GUI (une interface conviviale pour faciliter l'utilisation des ordinateurs, avec des menus et l'utilisation d'une souris). Après un faux départ avec le Lisa, il révolutionna l'industrie de l'informatique avec la création du Macintosh. Microsoft copia cette interface, avec Windows 95, 98, XP - lui rendant un hommage suprême – et abandonnant ainsi l'austère système MS DOS. En 2003, Apple présenta l’iPod, un lecteur de musique personnel qui est, depuis ,devenu une véritable icône culturelle - une catégorie d'objets à lui tout seul - comme l'est "Frigidaire" pour les réfrigérateurs et comme le fut un temps Xerox pour les photocopieuses. En 2007, il présenta le iPhone qui est encore une fois sur le point de révolutionner une autre industrie, dans ce cas précis, celle des téléphones portables.
Toujours est-il que jamais, dans aucun des cas évoqués, Apple n'a été le véritable inventeur. Il a été l'innovateur. La souris et l'interface graphique améliorée furent inventés ailleurs mais ont été appliquées et améliorées par Apple. Lorsque l'iPod fut inventé, les lecteurs MP3 étaient déjà partout. La caractéristique principale de l’iPhone était déjà présente dans certains modèles de Samsung, HTC ou Nokia. Mais Apple est intervenu, a bouleversé le marché et en dernier ressort, a inspiré les plagiats.

Mais alors, pourquoi est-ce qu'Apple connaît un tel succès ? A mon sens, en raison de deux éléments : tout d'abord parce que la firme a su se focaliser sur la combinaison de caractéristiques déjà présentes dans d'autres produits mais jamais aussi bien exploitées. Le tout est bien plus important que la somme des parties.
Deuxièmement, parce que ses produits sont tous pensés de manière conviviale pour l'utilisateur, ce qui fait que c'est un plaisir de les utiliser et non pas une corvée. Deux facteurs qui ont peut-être l'air d’être anecdotiques mais qui sont décisifs.

Appliquées à la Nouvelle Ecole d'Athènes, l'idée de la combinaison des potentiels et de la convivialité de nos conférences forment notre stratégie de réussite. Pour l'instant, nous sommes des pionniers. Si d'autres nous rejoignent dans cette nouvelle vision d'un monde meilleur, tant mieux.

Le Docteur Valaskakis est un ancien ambassadeur du Canada à l’OCDE qui a également siégé comme président du conseil du Centre de Développement de l’OCDE, un organisme subsidiaire.
Kimon Valaskakis est actuellement :
• Co-fondateur et président de la NEA
• Président du Global Governance Group
• Conseiller en planification stratégique pour les secteurs public et privé
• Professeur de sciences économiques à l’Université de Montreal et
conférencier dans de nombreuses universités
• Conseiller scientifique à FUTURIBLES INTERNATIONAL, un centre de réflexion prospective
• Conseiller scientifique au G8 Research Group Kimon Valaskakis a publié huit livres, une centaine d’articles scientifiques et une
vingtaine de monographies. Souvent invité comme conférencier,
il a prononcé environ 500 allocutions publiques dans la dernière décennie. Récipiendiaire de prix académiques, il siège dans plusieurs conseils d’administration.









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