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Le modèle de l'Union Européenne peut-il être appliqué au niveau mondial?
John McClintock a étudié l'économie et a travaillé dans des pays en voie de développement. Il fait actuellement partie de la commission européenne à Bruxelles. Il exprime ici un point de vue personnel.
Quelle est votre position ?
Je pense que nous ne sommes pas en train de résoudre les problèmes mondiaux. Par exemple en ce qui concerne le réchauffement climatique, les émissions augmentent tous les ans. Quant à la pauvreté, il y a des millions de gens qui sont sans abri. Les milliards de dollars dépensés par le monde entier n'ont aucun effet.
Quel est le problème fondamental ?
Par exemple en ce qui concerne le réchauffement climatique, les émissions augmentent tous les ans. Quant à la pauvreté, il y a des millions de gens qui sont sans abri. Les milliards de dollars dépensés par le monde entier n'ont aucun effet. C'est ça qui nous manque. Sans lois, les pays peuvent plus ou moins faire ce qu'ils veulent. Envahir d'autres pays sans aucune raison. Polluer l'atmosphère. Pour ne pas agir de manière antisociale, les pays doivent être régulés. Je ne dis pas qu'ils doivent être ligotés, mais simplement régulés. La meilleure régulation, c'est la loi de tous les pays réunis démocratiquement.
Est ce que l'Union Européenne remplit ce rôle ?
Oui. L'UE le fait très bien, de manière efficace. Ce n'est peut être pas une organisation parfaite mais, d'un point de vue historique, en considérant le chaos et le carnage que l'Europe a vécu par le passé, on peut dire qu'il s'agit d'un véritable miracle moderne. Grâce à l'UE, les européens vivent en paix, sont prospères, et vivent en harmonie avec les droits de l'homme.
Mais comment fonctionne-t-elle ? Comment est ce qu'elle opère ?
Tout repose sur le partage de la souveraineté. C'est la quintessence de l'Union Européenne, la caractéristique qui la fait marcher, et la rend unique en comparaison d’autres organisations internationales. Les pays décident - de leur plein gré - de partager des éléments individuels de la souveraineté nationale. Par exemple, en rapport avec le commerce, l'environnement et les finances (l'euro). Ils ne partagent pas la souveraineté dans tous les domaines, loin de là. D'autres domaines, comme par exemple la santé, la retraite, l'éducation, ne quittent pas le pays. Les pays ne perdent pas de leur souveraineté lorsqu'ils la partagent. C'est comme verser du vin d'un tonneau vers une bouteille. Le vin du tonneau, c'est la souveraineté de l'union. Ce vin est géré, est utilisé, par tous les pays, ensemble. Les pays ne perdent pas leur propre souveraineté, ils la modifient simplement.
Mais comment utilisent-ils le tonneau de la souveraineté ?
Ils l'utilisent pour créer des lois. Le processus n'est pas compliqué du tout. La commission européenne fait la première ébauche, l'envoie au conseil, composé de tous les pays membres. De chacun, qu'il soit petit, gros, riche ou pauvre. Chaque pays a une place garantie autour de la table. C'est un point crucial car dans d'autres organisations les décisions ne sont pas faites par tout le monde, mais simplement pas une petite partie des plus gros pays. La commission européenne envoie aussi son ébauche de loi au parlement, composé de représentants des citoyens, qui sont élus tous les cinq ans. Le conseil et le parlement discutent de la loi. Ils peuvent l'accepter telle qu'elle, ou bien l'amender. Il vont en débatte, et, tôt ou tard, ils tomberont d'accord, et l'ébauche deviendra loi.
Peut on parler de processus démocratique ?
Oui, je pense que oui. Du point de vue de la procédure, tous les gouvernements ont leur mot à dire, et tous les citoyens, à travers le parlement européen, ont le même droit. Il s'agit bel et bien d'un processus démocratique.
Pensez-vous que ce système devrait être appliqué à un niveau mondial ?
Il me semble clair qu'en partageant leur souveraineté, les pays d'Europe se sont sortis de problèmes incroyables. Ils ne se font plus la guerre, et les autres pays ne sont plus entraînés dans des guerres européennes. Si les européens ont pu le faire, pourquoi pas le reste du monde ?
Quel a été le rôle de l'union européenne dans la récente crise financière ?
Nous n'en sommes qu'au début, et il est difficile de savoir si nous avons réussi à éviter une plus grosse crise. Mais il faut noter quelque chose d'extrêmement intéressant. Il y a déjà eu des crises de par le passé. La pire étant sûrement celle de 1930. Les pays, alors, ont répondu en prenant des mesures unilatérales. En augmentant les taxes d'importation pour protéger les industries nationales. C'est sensé, d'un point de vue individuel, mais complètement contreproductif du point de vue de l'intérêt collectif. Le monde était en crise, et nous savons tous sur quoi cela a abouti. Les années 30 ont été marquées par des actions unilatérales, c'était chacun pour soi. Ce coup-ci, ce n'est peut être pas exactement la même chose. Comme je dis, il est peut être trop tôt pour tirer des conclusions hâtives, mais les pays d'Europe, d'une manière générale, ont été bien plus collectifs. Chaque pays a aidé ses banques, mais les pays européens ont décidé que les renflouements ne devaient pas porter préjudice aux banques des autres pays. Ils sont tombés d'accord pour dire que chaque opération devait avoir été préalablement validée par la commission européenne.
Pourquoi est-ce si important ?
Parce que cela veut dire que le bateau, sur lequel l'Europe entière est, n'a pas été coulé par les besoins nationaux, comme cela avait été le cas dans les années 30. Cette fois-ci, l'Europe a un cadre politique, et, plus important encore, judiciaire, qu'il peut utiliser afin d'assurer que les actions nationales n'aillent pas à l'encontre de l'intérêt général européen. Ce cadre, c'est l'Union Européenne.
Que proposez-vous ?
Je propose un partage mondial de la souveraineté. Je pense que nous devons établir, dans un certain temps, après plusieurs étapes, une union mondiale qui ait pour modèle l'Union Européenne. Elle serait, bien sûr, basée sur le volontariat. Personne ne serait obligé de la rejoindre. Les pays voulant la rejoindre partageraient des éléments de souveraineté nationale précis, ils verseraient un peu de leur vin dans le tonneau mondial. Et ils géreraient ce tonneau ensemble, collectivement, afin d'élaborer des lois mondiales démocratiquement.
Soyons plus précis. Que ferait, selon vous, une union mondiale ?
Au début, il ne faudrait pas qu'elle soit trop ambitieuse. Nous pouvons apprendre beaucoup grâce au modèle européen. Dans sa phase initiale, l'UE n'était pas particulièrement ambitieuse. Elle s'était concentrée sur deux domaines seulement : le charbon et l'acier. Je pense qu'une union mondiale devrait d'abord se consacrer à deux problèmes : le réchauffement climatique et la pauvreté.
Qu'apporterait de plus une union mondiale, par rapport à ce qui est déjà fait ?
Le réchauffement climatique est un problème sérieux, nous le savons tous. Cela fait au moins vingt ans que le monde en parle. Les Nations unies ont organisé le sommet de la Terre à Rio en 1992. C'est alors que les pays ont promis de réduire leurs émissions. Ils ont signé l'UNFCCC (United Nations Framework Convention on Climate Change). Il s'agissait, du moins, en théorie, de l'accord parfait, tout comme, plus tard, les accords de Kyoto. Le seul problème étant que très peu de pays ont tenu leurs promesses. Les pays ne prennent pas les mesures nécessaires, parce qu'ils ont peur de devoir payer plus que les autres. Par exemple, si les États-Unis n'ont pas adhéré au protocole de Kyoto, la raison en est simple : ils ont eu peur de devoir faire énormément de réajustements très coûteux et de perdre de la compétitivité dans le marché mondial, faisant tout empirer, de manière générale. Pour ce qui est de la Chine, sa priorité a été la prospérité économique, ce qui est plutôt sensé. Ceci dit, s'ils réduisent leurs émissions, ils pourraient aussi bien réduire leur taux de croissance. C'est pour cela que la Chine ne veut pas prendre les mesures nécessaires, et c'est bien compréhensible. Il s'agit du problème typique rencontré lors d'actions collectives. Tout le monde doit agir, mais si un pays agit seul, il va s'égarer. Pour contourner ce problème, il faut tomber d'accord quant à un plan mondial où les coûts seront partagés équitablement entre tous les pays. Pour y arriver, il faut un cadre politique mondial, et que les résultats des discussions sur qui paiera quoi soient encadrés juridiquement. Tant que cela ne sera pas mis en place, j'ai bien peur que nous ne pourront pas faire face au réchauffement climatique.
Pour vous, le modèle de l'union européenne est utile pour le monde entier, n'est ce pas ?
Pour moi, l'Union Européenne n'est pas une fin en soi. Il s'agit de la genèse de quelque chose de véritablement nouveau pour le monde entier.
http://www.the-uniting-of-nations.com
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