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La vraie nature du chocolat




Passion et réflexion

Tout a commencé pour Guillaume Hermitte, en décembre 2004, alors qu’il n’était encore qu’un étudiant de 20 ans, par une tasse de chocolat mémorable, près d’Oaxaca, ville du sud du Mexique. Fasciné par l’ambiance « à l’ancienne » de la production dans la chocolaterie, il s’intéresse vite à ses processus. De retour à Paris, sous l’impulsion de ce coup de foudre inédit, il se penche, avec sérieux, sur l’activité du chocolat. Il n’est pas encore diplômé de l’ESSEC mais fidèle à une éthique familiale, son élan le porte vers un projet d’activité professionnelle à une forte valeur ajoutée sociale et collective.

Aussi, dès son retour de voyage, décide-t-il de s’appuyer sur ses cours, pour préparer ce projet. C’est après une étude de marché très fine, qu’il se lance véritablement dans la création d’une entreprise particulièrement responsable avec, pour finalité, un concept de boutique de distribution spécialisée autour du cacao et du chocolat.

Ce voyage, tout autant qu’une réflexion sur le commerce international, le conduit à mettre en pratique les principes du commerce équitable. C’est pour tester la viabilité de cette forme de commerce, qu’il crée sa filière directe d’importation avec de petits producteurs de cacao du Venezuela. Ce pays, qui est mondialement réputé pour la grande qualité de son cacao, lui semble représenter une alternative de gouvernance, intéressante à suivre de près.

A 24 ans, choisir d’être un entrepreneur social est, avant tout, un choix idéologique. La mondialisation fait que le politique aujourd’hui, n’a plus qu’un nombre réduit de leviers d’action pour impulser des avancées sociales tandis que le monde associatif, pour sa part, dépend trop de fonds extérieurs pour être autonome dans ses missions. Guillaume Hermitte réalise que c’est aux entrepreneurs de prendre une part croissante de responsabilités dans la mise en place de principes de bonne gouvernance locale, nationale ou internationale. Le capitalisme, comme modèle économique dominant, dit-il, ne deviendra moins sauvage que si les « patrons » s’engagent d’eux-mêmes à être moins sauvages. Sa société s’appellera Choc’ethic.

La filière cacao : une mission sociale globale

Il établit, tout d’abord, au Venezuela, une relation commerciale avec une micro-entreprise constituée de petits producteurs-transformateurs de cacao qui, en plus de leurs plantations, achètent aussi du cacao à ceux qui n’ont pas les moyens de le transformer. Cet accord a pour but d’encourager la création de valeur ajoutée dans le pays et dans la communauté, en maximisant le nombre de transformations effectuées sur place. Dès le départ, en tant que partenaire au développement, le jeune français a voulu formaliser des engagements mutuels.

Pour Choc’ethic, ils s’articulent sur quatre points essentiels pour le maintien de la filière. D’abord, la société s’engage à acheter leur cacao aux producteurs, pendant au moins 5 ans et à leur garantir un prix minimum d’achat du cacao transformé, pour les protéger des trop fortes tendances à la baisse des marchés. De plus, elle préfinance 50% du montant des commandes au moment même de leur passation. Enfin, elle contribue à l’amélioration des méthodes et de l’outil de travail des producteurs/transformateurs en leur versant, une fois par an, une prime de développement de 200 euros par tonne de cacao achetée.

Pour ces derniers, les clauses sont éthiques. Il s’agit d’abord de répercuter le prix d’achat minimum garanti du cacao auprès des producteurs à qui ils l’achètent et de payer leur employés correctement, c’est-à-dire au-delà du salaire minimum et surtout sans retard. Il leur est demandé de respecter une égalité de traitement hommes/femmes et de garantir le maintien de conditions de travail décentes pour leurs salariés. Leur dernière obligation est celle d’acheter et transformer du cacao provenant essentiellement d’une agriculture respectueuse de l’environnement, traitée avec des composts naturels et sans intrants. Sur place une ONG : Accion Campesina, est partie prenante et supervise le cahier des charges des producteurs, se portant garante de la bonne utilisation des primes de développement. Elle établit des rapports annuels de l’état d’avancement des projets.

Une vision citoyenne

Au-delà du commerce équitable, plus lointain, il veut diriger une entreprise qui ait un impact social sur son propre territoire. Le choix du concept d’entreprise d’insertion s’impose alors par son positionnement entre le monde de l’entreprise classique et le monde associatif car elle mixe les problématiques de lucrativité de l’activité avec l’accompagnement de personnes en difficulté.

Le concept d’entreprise d’insertion est une forme d’organisation associant des valeurs du monde de l’entreprise à ceux du monde associatif en contribuant à rapprocher ces deux sphères, trop souvent en conflit, dans la société occidentale. C’est dans ce cadre que veut agir le jeune entrepreneur qui n’en reste pas moins très pragmatique. Autrement dit, il ne craint pas de faire du profit. Dès lors qu’on engage un certain nombre de valeurs et de contraintes fortes, liées au respect de l’être humain, il lui semble que le profit, loin d’être un sacrilège, est un objectif. Pour lui, l’important reste d’être attentif à la redistribution des richesses créées : aux investisseurs mais aussi aux salariés via l’intéressement, aux producteurs par des primes de développement et aux partenaires associatifs.

Aussi tout en construisant son business plan, Guillaume Hermitte songe-t-il à mieux connaître la pratique du quotidien d’une entreprise d’insertion. Est-ce si simple ? A-t-on des conflits d’autorité, des problèmes de ponctualité, de bonne compréhension des consignes ? Pour le savoir, rien de mieux qu’une immersion dans ce monde. Aussitôt dit, il demande à faire un stage gracieux dans une entreprise d’insertion qui exerce le métier de traiteur avec le projet d’un labo chocolat. D’emblée le bilan est positif : sa perception de la réalité est au-delà ses espoirs… et des réticences habituelles.

Et surtout, de cette confiance naît l’idée d’un contrat de sous-traitance entre La Table de Cana, située à Gennevilliers, en banlieue parisienne, et sa société Choc’ethic. Ainsi, Guillaume Hermitte allait-il pouvoir se focaliser sur le développement de la marque Puerto Cacao et de sa boutique de diffusion, en sous-traitant la fabrication des produits fins de chocolat à emporter. Cet accord lui permet donc d’externaliser beaucoup de risques, ceux des investissements et des charges fixes, tels les salaires et les machines, tout en gardant le contrôle de sa gamme de produits. En revanche, la Table de Cana devrait essentiellement s’approvisionner auprès de fournisseurs équitables.

De même, la boutique emblématique de Puerto Cacao, rue de Tocqueville dans le 17ème arrondissement de Paris, a été aménagée en « atelier de chocolat » en minimisant l’impact environnemental. Tout a été pensé dans ce sens : de l’isolation écologique, aux revêtements naturels jusqu’à l’éclairage basse tension. Le concept impliquant un certain nombre d’activités non spécialisées, il restait à employer du personnel, quatre salariés à temps plein, via des contrats d’insertion (1). C’est ainsi que le magasin s’est ouvert le 20 octobre 2006 en utilisant des fournitures naturelles pour l’emballage et la présentation de ses délicieux chocolats éthiques.

Un avenir équitable

Etre entrepreneur social semble porter bonheur à Guillaume Hermitte puisque la société a réalisé sur son lieu de vente 153 000 euros sur le premier exercice et qu’elle semble bien partie pour réaliser 240 000 euros de CA sur le second.Voilà sans doute la réponse à la question, qu’on lui pose souvent, de savoir s’il est vraiment possible de mettre en oeuvre tous ces principes de développement durable, tant au niveau du personnel, des aliments bios et des fournitures, que du commerce équitable et de gagner de l’argent. Sans compter qu’au-delà des objectifs de responsabilité sociale, le fait de réduire au maximum l’empreinte environnementale de son activité, constitue pour notre jeune dirigeant, un enjeu capital.

Et si on lui pose la question de son avenir : « Le respect des valeurs et contraintes humaines est pour moi beaucoup plus facile à tenir s’il s’effectue dans le cadre d’organisations à taille humaine. C’est pourquoi, bien qu’ayant l’ambition de créer un groupe économique fort à l’avenir, je souhaite faire grandir cette entité en dupliquant, autour d’une tête de réseau, un certain nombre de petites structures de la stature d’une boutique par exemple, qui systématisent un travail d’insertion de proximité, en adaptation, au cas par cas, avec les problématiques des personnes en insertion. »

La mise en oeuvre d’un tel projet émanant d’un homme si jeune, si impliqué dans son engagement pour un monde équitable et créant de l’harmonie dans les rapports sociaux habituellement si délicats, nous ferait presque oublier que tout cela tourne autour de la production d’un produit ancré profondément dans le patrimoine culturel alimentaire et qui apporte à ses consommateurs, plaisir, volupté, douceur : le mythique chocolat !


http://www.choc-ethic.fr http://www.choc-ethic.fr






Bilan des semaines 3 et 4, d'Alméria à Casablanca: 1450 Km parcourus, environ 303 kg de CO2 dépensés soit 101 kg par personne, 6 villes visitées.