La transformation du secteur privé, comment passer de la théorie à la pratique
Paulo Gomes revient sur la nouvelle position dominante du secteur privé sur le secteur public, et nous fait part de ses observations quant à la transformation actuelle en Afrique dans le monde des affaires et du commerce. Il est maintenant l’un des Présidents et le conseiller management de la société de Holding "Constelor", une société d'investissement Panafricaine spécialisée dans l'industrie minière, les services financiers, ainsi que d'autres secteurs dynamiques, et ce sur tout le continent africain. Il était auparavant un des dirigeants de la Banque Mondiale.
Cela fait presque deux ans que vous avez quitté la banque Mondiale, où vous défendiez une politique de réforme au niveau multilatéral et national, en Afrique. Quel bilan tirez-vous de votre expérience, maintenant que vous évoluez au sein du monde d
Même si mes préoccupations restent les mêmes, il est vrai que j'évolue à présent dans un univers bien différent. J'ai eu des opportunités pour continuer à avoir un rôle influent dans le système multilatéral après mon départ de la Banque Mondiale, mais j'ai décidé de prendre un tout autre chemin dans le secteur privé, et ce pour des raisons très précises. Après avoir consacré huit années dans le monde politique de mon pays, la Guinée-Bissau, puis huit années au niveau multilatéral, j'ai ressenti le besoin de devenir un acteur oeuvrant pour les réformes que je soutenais auparavant d'un point de vue théorique. A présent, j'ai de véritables raisons personnelles quant à l'adoption de réformes politiques intelligentes, et, allié à d'autres personnes du monde des affaires, j'exige une réponse rapide des représentants que nous avons élus.
Une carrière dans le monde de l'entreprise est chose risquée, mais elle offre aussi le plus grand potentiel de récompenses possible. J'ajouterais que prendre un risque ne veut pas forcément dire qu'on ne mesure pas ce même risque à sa juste valeur. Lorsque j'évalue une nouvelle opportunité, je prend toujours le temps de travailler étroitement avec d'autres gens qualifiés dans un domaine précis, et qui sont autant stimulés que moi par la transformation positive du monde des affaires en Afrique. Evaluer pertinemment la nature d'une opportunité est une chose qui demande beaucoup de rigueur.
Je prends des risques, mais je n'improvise jamais.
Depuis que vous avez commencé l'aventure de Constelor, vous êtes en permanence en déplacement, et vous visitez parfois plusieurs pays en un seul jour pour rencontrer des partenaires. Est-ce que vous comptez garder ce rythme?
L'expérience m'a appris que rien ne vaut le contact humain. Voir les gens de façon régulière n'est pas seulement quelque chose d'agréable, c'est aussi essentiel pour créer un bon environnement de travail.
De plus, connaître véritablement les environnements des gens et des endroits concernés par un accord éventuel m'aide à avoir une idée de son potentiel de réussite. Ces derniers temps, je me suis montré de plus en plus actif dans l'industrie minière du Mali, et j'ai réellement apprécié y passer du temps pour rencontrer les gens et mieux connaître le pays. De même, j'ai passé beaucoup de temps en Angola, au Congo, au Ghana et au Nigeria. Dans chacun de ces pays, je suis mieux reçu à chaque nouvelle visite, simplement parce que mes collègues se rendent compte que mon intérêt pour leur réussite n'est pas quelque chose de forcé.
De même, des amis proches ont reconnu que j'avais une grande capacité pour reconnaître le potentiel chez les gens et les organisations. Encore une fois, cela vient de mon temps soigneusement passé avec les individus, les voyant évoluer dans différentes situations, leur donnant confiance, et les mettant à l'essai avec des défis motivants. C'est de cette manière que j'ai réuni mon équipe pour Constelor. Nous sommes un groupe multidisciplinaire basé dans le monde entier, et qui est en même temps animé par un projet commun et lié par une communication soignée.
La collaboration entre les domaines publics et privés est un sujet particulièrement à la mode ces derniers temps. Lors de votre passage du secteur public au secteur privé, qu'avez-vous remarqué à ce sujet ?
La création de "l'Ecobank" ainsi que la mise en place de "West African Gas Pipeline" sont deux exemples parfaits pour démontrer que les partenariats entre le monde public et le monde privés sont devenus des entités indépendantes fournissant des services très utiles. Ils démontrent la puissance d'une telle entente, lorsque les besoins du secteur public rejoignent la flexibilité et le dynamisme du secteur privé.
De manière générale, l'Etat peut jouer un rôle très important dans la genèse d'une telle entente, mais il doit aussi savoir renoncer à son rôle actif, nécessaire au début d'un partenariat, au profit d'un rôle de régulateur. L'Ecobank est née grâce au soutien d'ECOWAS et de la chambre du commerce et de l'industrie d'Afrique Occidentale, en 1985, et est depuis devenu un réseau constitué de plus de 450 succursales dans 22 pays différents. Qui plus est, elle présente un surplus de 7 milliards de dollars américains. C'est un véritable modèle de collaboration, et j'ai eu énormément de chance de participer à l'expansion la plus récente des activités de la banque. La contribution apportée en matière d'intégration régionale - une autre des mes priorités - ne doit pas non plus être oubliée.