Le Ministère des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine que je dirige est un jeune département, crée en 2004, après avoir été un ministère délégué. Il est né d’une volonté politique forte du Président de la République, SEM Amadou Toumani TOURé, de créer un département exclusivement destiné à prendre en charge les préoccupations de nos compatriotes de l’extérieur, compte tenu de leur importance numérique (le tiers de la population du pays) et de leur apport apprécié dans le développement du pays.
La mission assignée à ce département est double. Elle porte sur :
- la gestion de la diaspora malienne assurée par la Délégation Générale des Maliens de l’Extérieur (DGME) qui s’appuie sur le terrain sur les missions diplomatiques et consulaires et sur des associations appelées Conseils des Maliens de l’Extérieur se trouvant dans les différents pays de résidence.
- la promotion de l’intégration africaine, de la paix et de la sécurité, tâche confiée à la Délégation Générale à l’Intégration Africaine (DGIA).
Ceux qu’on appelle les Maliens de l’Extérieur représenteraient une population de 4 millions sur 11 millions de personnes. En quoi votre Ministère est-il plus particulièrement chargé de la
La protection, la défense et la promotion des Maliens de l’Extérieur font partie de façon intrinsèque des Objectifs assignés à mon département. Il s’agit en clair de veiller à la protection des intérêts des ressortissants maliens établis provisoirement ou de façon permanente à l’étranger ; de veiller à la création de conditions permettant la participation des Maliens de l’Extérieur au processus de développement économique, social et culturel du pays ; d’impulser et coordonner l’action consulaire du Mali ; de veiller à l’application des accords et traités relatifs à l’établissement et à la circulation des personnes et des biens ; de faciliter le séjour des colonies de vacances des 2è et 3è générations, de favoriser l’accès aux logements, de suivre et d’assister les maliens rapatriés et expulsés de l’extérieur; d’animer, de coordonner et de suivre les différentes actions d’aide au retour des Maliens de l’Extérieur.
Quel est l’impact de la diaspora dans l’économie nationale?
Les Maliens de l’Extérieur, de par leur nombre (4 millions environ), leurs potentialités financières, le sens des affaires des uns et la renommée scientifique des autres, constitue une chance pour le Mali. A preuve, avec des transferts de fonds qui atteignent les 300 milliards de Fcfa par an (dont 120 milliards pour les seuls Maliens de France), les migrants maliens envoient à leurs familles des sommes d’argent dont le total double celui de l’ensemble de l’aide publique au développement. Or ces sommes sont loin d’être les seuls apports des migrants qui mettent aussi à profit leurs compétences et leur savoir-faire pour transférer des technologies et des savoirs institutionnels.
La diaspora malienne introduit de nouveaux modes de réflexion sur les questions sociales et politiques. Grâce à leur action, nous sommes aujourd’hui un peu mieux armés pour faire face aux défis qui se posent à nous en terme de développement et tirer parti des possibilités que celui-ci nous offre. Valoriser ce potentiel afin d’améliorer de façon continuelle la contribution des Maliens de l’Extérieur au développement du pays constitue un objectif important poursuivi par mon département.
Dans la pratique, comment pouvez-vous assurer la protection et la sécurisation de vos compatriotes à l’étranger?
Dans la pratique, la protection et la sécurisation des Maliens de l’Extérieur se font par le biais de la passation de traités, d’accords, de conventions ou de protocoles avec les différents pays de résidence de nos compatriotes et avec les organisations communautaires comme l’UEMOA et la CEDEAO. La protection et la sécurisation de nos compatriotes à l’étranger ont toujours constitué chez les autorités de notre pays une préoccupation constante. Les relations que nous entamons au plan bilatéral avec les pays d’accueil permettent de façon concertée de trouver les réponses idoines aux préoccupations de nos compatriotes.
Comment pouvez-vous accompagner dans leur réinsertion socioéconomique les rapatriés contraints à un retour rapide au Mali?
L’aide à la réinsertion des maliens de retour au pays est un objectif
fondamental poursuivi par le département et ce quelque soit la forme que ce retour peut revêtir. Les migrants en situation d’échec, au retour se créent des opportunités avec l’appui de notre département dans le cadre de leur réinsertion dans le tissu socio-économique de leur pays d’origine. Ainsi, plus de 30 Associations des migrants rapatriés sont répertoriées au niveau de la Délégation Générale des Maliens de l’Extérieur.
Cette structure leur sert d’appui, de conseil et d’orientation. La Délégation Générale des Maliens de l’Extérieur est en étroite collaboration avec les membres de ces associations et avec d’autres partenaires techniques et/ou financiers, en vue de la réalisation de leurs projets à court et long termes. Par exemple, parmi les associations citées ci-dessus, les migrants rapatriés de Côte d’Ivoire regroupés au sein de l’Amarci ont bénéficié de 902,7 ha de terres cultivables, ceux rapatriés du Maghreb et de l’Espagne se sont regroupés en association dénommée « Association Tounka Te Dambe Don ». Ils envisagent de créer une caisse d’épargne et de crédit pour le financement de leurs activités génératrices de revenus. En dehors de ces dispositifs internes et dans le cadre de la coopération bilatérale, il existe un partenariat pour la gestion des questions migratoires entre le Mali et certains pays comme la France (Fonds de Solidarité Prioritaire/ Codéveloppement) et la Suisse, etc.
Ainsi, il existe un programme d’Aide au Retour Volontaire (AVR) entre la Suisse et le Mali avec l’appui de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Des migrants ont déjà bénéficié de ce programme.
Quelle vision avez-vous de l’intégration au sein de la CEDEAO ?
Actuellement, on a l’impression que l’intégration se fait à double vitesse en raison de l’existence de la CEDEAO et de l’UEMOA. Mais, cela ne doit pas constituer un handicap car, pour le Mali, il s’agit de parvenir, à terme, à une seule organisation d’intégration sous-régionale. Compte tenu de l’expérience de l’UEMOA (zone douanière et monnaie commune), l’UEMOA doit constituer un tremplin pour aller à cette organisation unique.
Par ailleurs, disposant déjà d’un mécanisme de renforcement des structures de prévention, de conciliation, de maintien de la paix et de gestion des conflits, la CEDEAO est donc à même de jouer pleinement le rôle d’unique organisation sous-régionale, en ce sens qu’elle englobe en son sein des outils pour le marché commun et des instruments politiques. Actuellement, la stratégie pour parvenir à cette organisation sous-régionale unique consiste à l’harmonisation des schémas d’intégration de l’UEMOA et de la CEDEAO. Le défi actuel est d’amener les populations, véritables actrices et bénéficiaires de l’intégration à s’en approprier et à imprimer un véritable coup d’accélérateur au mouvement d’intégration.
Qu’apporte au Mali la Semaine de l’Intégration Africaine que vous organisez ?
Le Gouvernement de la République du Mali a fait de l’Intégration Africaine un axe majeur de sa stratégie de développement. Depuis le début de la Troisième République, il a institué la Semaine
de l’Intégration Africaine pour populariser et vulgariser les idéaux de l’intégration et obtenir l’adhésion des populations et des acteurs économiques à travers une bonne information et sensibilisation aux différents Programmes et Projets d’Intégration. C’est la preuve, si besoin en était, que cet évènement est définitivement rentré dans nos habitudes et qu’il répond à un besoin de retrouvailles, d’échanges et de réflexions partagées.
Au moment où la tentation est forte chez certains pays dont on connaît le rôle dans le peuplement et le dépeuplement d’autres pays et continents, de se refermer sur eux-mêmes, il est nécessaire pour un pays pionnier de l’Intégration Africaine comme le Mali de chercher à mieux connaître comment les africains résidant sur son sol vivent au quotidien, notamment en terme de problèmes rencontrés,
et appréhendent les droits de résidence et d’établissement tels que prévus par nos Organisations d’Intégration Régionale et sous-régionale.
La Semaine de l’Intégration Africaine est effectivement ce moment de confirmation et de renouvellement de brassage réussi entre Communautés africaines résidant au Mali et les populations maliennes. Outre qu’elle permet à ses acteurs de mieux se connaître et de
s’accepter mutuellement, elle offre l’occasion aux animateurs des structures d’intégration de faire connaître les enjeux et les défis de l’Intégration Africaine et d’exposer les chantiers et programmes conçus pour lever les obstacles.
Je voudrais saisir cette occasion pour renouveler l’engagement du Gouvernement du Mali en faveur de l’Intégration et de l’Unité africaines tel que cela ressort de notre Constitution et affirmer toute notre détermination à mettre en oeuvre tous les accords et instruments que nous avons signés et qui concourent à l’accélération du processus d’intégration économique de notre sous-région et du Continent.