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La prévention précoce, un défi pour l'avenirClaude Beau a d’abord été juge des enfants par choix personnel. Elle est présidente de l’association Mission Possible, première association de prévention précoce, créée pour réconcilier la jeunesse avec elle-même et la société.
Impulsivité, mauvais résultats scolaires, sanctions disciplinaires répétitives, refus de toute forme d’autorité, relations d’emprise, violence verbale, incivilités, sont autant de signes du mal-être des jeunes dans nos sociétés modernes. Face à cette situation, la disponibilité des parents aux enfants se réduit, les liens intergénérationnels se crispent et la protection sociale a un impact limité. Les experts lui reprochent sa tardiveté, le défaut de lisibilité de son impact, sa faible adaptation aux mutations sociales et urbaines ainsi que sa résistance au changement.
Éduquer ou punir
Convention Internationale des Droits de l’Enfant prône la primauté de l’éducatif sur le répressif pour répondre à ces appels de l’enfant. Et pourtant depuis quelques années, sans doute, par défaut et pour calmer l’inquiétude, la tentation répressive se fait plus grande. Elle est considérée comme une condition de notre sécurité alors que nous savons que sa forme la plus emblématique : l’enfermement, génère des taux de récidive élevés et surtout casse l’élan vital des jeunes.
Alors, que faire, face au rajeunissement des passages à l’acte, la dynamique collective dont ils se nourrissent et la violence verbale et physique qui les accompagnent ? Que faire, alors que nous constatons que les enfants auteurs sont le plus souvent des enfants victimes de maltraitance, d’inceste, de rejet familial ou institutionnel et qu’ils sont en quête de repères et de sens ? Que faire face aux appels de l’enfant qui s’amplifient et le conduit à des passages à l’acte agressifs ou auto-agressifs qui menacent son avenir et notre développement social durable ? Prévention précoce
Claude BEAU, magistrate expérimentée des mineurs et qui a observé ces évolutions depuis une vingtaine d’années a apporté, une réponse innovante, plus empreinte d’éducation que de répression et plus anticipatrice que réactive : la prévention précoce. Dédiée aux enfants de moins de 12 ans et leurs parents, elle fait le pari du développement social en usant d’une démarche managériale pour en optimiser l’impact. Son action socio-éducative qui associe étroitement les parents, repose à la fois sur l’exigence et la bienveillance pour stimuler au plus tôt les potentialités de l’enfant et lui donner les moyens de se réaliser.
La première étape du projet a consisté, dans un contexte de rationalité des dépenses publiques, à déterminer d’abord, quels devaient en être les jeunes publics bénéficiaires. Une étude a alors été menée, partant de l’analyse des parcours de 100 mineurs en danger et délinquants persistants. Cette étude a révélé l’existence de 40 symptômes récurrents d’ordre familial, social, psychologique, comportemental et scolaire à même de nous alerter sur l’adoption de conduites à risque. Elle a montré que ces signaux d’alerte étaient apparents dès l’âge de latence, soit entre 6 et 12 ans, âge où l’enfant construit ses repères sociaux et paradoxalement, est peu couvert par des interventions socio-éducatives. Ces résultats ont encouragé la poursuite du projet afin de créer, dans une deuxième étape, une réponse socio-éducative innovante de nature à agir à temps sur les causes et non seulement sur les symptômes. Premier Espace de Prévention Précoce, l’association Mission Possible a ainsi vu le jour en 2002. Son projet pilote a concerné une cinquantaine d’enfants et leurs parents. Les progrès spectaculaires enregistrés dans les domaines : scolaire, social, comportemental sur des enfants considérés « comme des graines de violence » sont significatifs de l’impact rapide d’une intervention précoce sur ces enfants dont certains étaient, même, considérés comme déficients mentaux et intellectuels. Un accompagnement quotidien
Tous les jours après l’école, les enfants bénéficient à la fois d’un suivi individualisé et d’un apprentissage de la vie en société. Accueillis autour d’un goûter qui prépare à une éducation alimentaire, les enfants bénéficient de stimulations intellectuelles, cognitives qui leur donnent le goût et la manière d’apprendre, de soutiens psychologiques, d’activités de développement physique, et d’activités de groupe à partir de supports artistiques, ludiques, culturels, favorisant leur apprentissage du vivre et construire ensemble. Mission Possible réalise ainsi un projet équilibré qui prend du sens pour l’enfant et ses parents. Il assure une continuité éducative et une cohérence d’ensemble autour d’objectifs communs pour l’enfant. L’enfant y puise une sécurité, une stabilité et une confiance qui le réconcilient avec lui-même et autrui.
Une logique de qualité du projet
A l’issue de 5 ans d’existence et au regard des progrès réalisés par les enfants, l’association a acquis la confiance de l’Education Nationale et des collectivités locales qui font appel à son expertise. Elle a ainsi accompagné la création de six structures de prévention précoce implantées sur 6 quartiers en difficulté. D’autres sont en cours de création. Ce faisant, elle a développé une méthode d’intervention socio-éducative éprouvée favorisant la reproductibilité optimale de l’action et de son impact sur les bénéficiaires. Aujourd’hui, son combat a convaincu les pouvoirs publics de la nécessité d’agir tôt. Il reste aux acteurs à acquérir ces nouvelles méthodes d’intervention socio-éducatives qui ne s’improvisent pas et sont facteurs de progrès.
Dans un contexte politique où les enjeux de sécurité publique encouragent la mise en place de mesures de plus en plus répressives pour des enfants de plus en plus jeunes, Claude Beau a récemment réuni des acteurs internationaux de la prévention afin de rapprocher les recherches d’actions conduites dans différents pays en cette matière. Les Premières Journées Internationales de la Prévention ont réussi à mobiliser plus de 150 universitaires, chercheurs, éducateurs, enseignants, psychologues, pédiatres et magistrats, issus d’une douzaine de pays dont la Suède, le Canada et le Brésil. Ce colloque a permis de constater que partout où elle était appliquée avec méthode la prévention précoce était une réponse efficiente. L’idée d’en faire un droit opposable pour l’enfant et sa famille est né. Il a conduit à la création d’un réseau international de la prévention sociale qui s’est donné pour objectif de promouvoir cette démarche de prévention précoce et d’en améliorer sans cesse la qualité. Il faut souhaiter que la prévention précoce se développe au regard : • de l’économie qu’elle génère, puisqu’une étude canadienne a démontré qu’un euro investi en prévention sociale permet l’économie de 7 euros en action répressive ou curative. • de sa pertinence puisqu’une étude de l’université de Montréal a démontré que la prévention précoce favorise durablement le développement de l’enfant à risque. • du besoin à l’échelle international : où les conduites juvéniles à risque se développent à l’excès, les relations intergénérationnelles se crispent, et où la répression reste sans effet - voire amplifie- cette dégradation qui affecte le vivre ensemble et surtout l’avenir. Assurément, aujourd’hui, la prévention précoce est l’affaire de tous car elle concerne à la fois les enfants qui sont l’avenir et la famille qui en est l’humus. Aux côtés des professionnels de l’enfance et la famille, c’est aux décideurs publics, aux fondations, et aux chefs d’entreprise d’unir leurs moyens et compétences, leur capacité à susciter la création de projets de préventions précoces, pour contribuer à construire ensemble les conditions d’un développement social durable.Ensemble la tâche est moins dure et plus exaltante. Cette contribution collective signifie ainsi que tous les enfants sont notre force vitale, qu’ils peuvent se projeter dans l’avenir et porter les valeurs qui fondent le pacte social. Cette main tendue stimulera leur envie de donner parce qu’ils auront reçu.
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La biodiversité en danger



