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La gouvernance internationale de la crise financière




La gouvernance internationale  de la crise financière
La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, a mondialisé la crise financière américaine. Ce fut une mauvaise surprise car la gestion de cette banque centenaire n’avait jamais été mise en cause. L’effondrement du marché immobilier américain a rappelé celui du Japon, qui, en 1991, avait engendré faillites et crise économique.

Comment éviter à l’avenir de tels errements et comment en corriger les effets désastreux ?
Cette crise a ouvert les yeux aux gouvernants sur la nécessité d’actions collectives et simultanées pour la gérer. Elle a révélé qu’aucune institution mondiale ne pouvait en assumer la responsabilité, ni mettre en place les moyens nécessaires à enréduire les conséquences.Il a fallu deux guerres mondiales pour mettre en place des institutions de gouvernance politique mondiale destinées à préserver la planète de nouveaux conflits mondiaux.
Après le relatif échec de la Société des Nations, à laquelle ne participaient pas les Etats-Unis et qui n’a pas su préserver le monde de la montée du fascisme et de ses désastreuses conséquences, la mise en place de l’ONU, préparée dès 1944 à Dumbarten Oaks par les Etats-Unis, la Chine et la Russie et adoptée par 50 pays en 1945, a préservé le monde d’une nouvelle guerre mondiale - malgré le risque d’un affrontement terrifiant de deux géants militaires et de leur puissance nucléaire, aux idéologies conflictuelles libérales et marxistes - en restant au niveau d’une guerre froide.

Après 1929 et cette seconde crise économique internationale, il est temps de réagir
La crise financière illustre, si besoin était, l’interdépendance économique entre les continents et le manque d’une gouvernance économique mondiale. Cette interdépendance intercontinentale, nouvelle par son ampleur et la rapidité de ses manifestations, n’est pas seulement celle des bourses de Tokyo, Francfort, Paris, Londres et New-York, pour ne citer que celles-là, dont les tendances sont parallèles, sous l’influence des traders et des medias : celles d’Europe influencées à leur ouverture par celles d’Asie et à leur clôture par celles d’Amérique. Cette crise est également économique et sociale affectant dans le monde entier les niveaux des investissements, des consommations et donc des emplois.
Elle entraîne une crise de confiance fondamentale dans le leadership américain, dans la gestion des établissements financiers et dans le système du capitalisme libéral.
Personne n’avait prévu l’ampleur et la rapidité de cette crise où les marchés boursiers s’affolent avec des amplitudes inconnues jusqu’ici, effondrant l’économie, comme un château de cartes ou une muraille de dominos.
Cela fait oublier les bienfaits d’une économie libérale et compétitive et les progrès techniques,
économiques et sociaux réalisés au cours du siècle passé, même si cette évolution fut probablement trop rapide au cours des 50 dernières années.

Dans le cadre institutionnel existant, la réaction des chefs d’Etat a été exemplaire et l’on ne peut que les en féliciter. Leurs méthodes, l’ampleur et la rapidité de leurs décisions ont été à la mesure de la crise. Il convient d’analyser les cheminements des consultations ayant permis de prendre des mesures aussi considérables. Ils révèlent la faiblesse des institutions internationales et la puissance de décisions concertées par les chefs d’Etat.


Les remèdes ne sont pas venus des institutions multilatérales - régionales ou mondiales
La Commission Européenne, pas plus que le Parlement Européen, l’OCDE pas plus que l’ONU, le FMI pas plus que la Banque Mondiale, la BCE pas plus que FED n’ont pu intervenir globalement, malgré des contributions considérables et sans précédent de certaines d’entre elles, par la mise à la disposition d’importantes liquidités. Elles n’avaient ni la vocation, ni les moyens de faire davantage.
Deux acteurs ont su prendre les initiatives difficiles mais indispensables : le président des Etats-Unis et le président de l’Union Européenne.

Quand le Président Bush a annoncé une contribution de $700 milliards, il a bien montré la voie. L’inquiétude suscitée par le rejet de ce plan par la Chambre des Représentants a permis d’accepter un important amendement en faveur des victimes de la crise, qui a permis de le faire adopter en deuxième lecture par le Congrès américain. Cela souligne l’importance du rôle d’une assemblée parlementaire élue - et proche de sa réélection - dans une démocratie représentative.
La décision de prises de participation dans des banques privées par des fonds publics, dans cette patrie du capitalisme authentique, est significative. Elle n’oblige aucun autre pays de le faire, bien que l’exemple américain ait été largement imité dans les autres pays.

Président de l’Union Européenne, le Président Sarkozy avec une volonté comparable d’intervention, devait faire face, sur le plan européen, à une difficulté supplémentaire car sa fonction ne lui conférait aucun pouvoir de décision analogue à celui du président d’un état fédéral. Ses démarches ont été remarquables et ont débouché sur un résultat double de celui des Etats-Unis, si l’on fait la somme de tous les crédits mis en œuvre par les pays européens.

Le succès du Président Sarkozy résulte de son adresse psychologique, politique et diplomatique. Il devait convaincre tous les chefs d’Etat européens, souvent secoués dans leur autorité et fragilisés par de prochaines élections, les acteurs économiques et les opinions publiques toujours menées par des médias qui plus souvent les affolent, plus par leurs critiques, qu’ils ne les informent et les rassurent par leurs analyses.
Ici encore, ce ne sont pas les parlements, ni les partis politiques qui ont été les initiateurs et les acteurs principaux, mais bien les gouvernements qui ont su les convaincre et leur faire adopter les mesures nécessaires.
Il fallait notamment répondre à ce redoutable et néfaste argument démagogique, consistant à dire qu’il ne fallait pas secourir financièrement les banques, principales responsables du désastre, mais directement les populations souffrant de leur dysfonctionnement. Tout d’abord ce ne sont ni les actionnaires, ni les clients, ni les employés, ni tous les cadres des banques qui sont responsables alors qu’ils seront les premières victimes de cette crise. Ensuite si l’on ne fait pas fonctionner le système bancaire, c’est
l’ensemble des populations qui en souffrira plus cruellement encore.

Le Président Sarkozy a agi à tous les niveaux nécessaires, en commençant par la France. Il s’est concerté directement avec les dirigeants des principaux établissements bancaires et financiers et avec les syndicats professionnels - ce qui était plus rapide et plus efficace que d’utiliser le Conseil
Economique et Social ou de mettre en place une commission d’études aux propositions souvent illusoires. Sa démarche a favorisé un certain esprit de rassemblement national, l’opposition n’ayant pas voté contre les mesures proposées, malgré les navrantes critiques de candidats battus, et le
gouvernement en sort renforcé malgré les inquiétudes justifiées des opinions publiques.
Sur le plan européen, il a prouvé par des démarches insistantes et progressives qu’il était possible d’atteindre un consensus. Il a commencé par réunir le G4 (Allemagne, France, Italie et Royaume Uni) pour sonder les positions de pays importants, sans crainte de créer la jalousie des autres pays, puis le G5 avec les Etats-Unis, et ensuite se sont réunis les ministres des finances de l’Euroland, avant la réunion au sommet du Conseil Européen où les 27 chefs d’Etat ont annoncé des plans d’intervention comparables, grâce notamment à l’appui britannique.
Néanmoins, ces démarches nécessaires mettent en évidence la faiblesse institutionnelle de l’Union Européenne, marquée par l’inexistence d’un président permanent. Cela est d’autant plus inquiétant que certains prochains présidents du Conseil Européen sont relativement nouveaux dans leur fonction, n’appartiennent pas tous à l’Euroland et font parfois preuve de scepticisme ou de défiance à l’égard de la construction européenne. Cette crise devrait permettre de hâter la mise en place du traité de Lisbonne.
Sur le plan mondial, il a su convaincre le président Bush de réunir un G8 élargi à 20 pays, évènement historique de coopération renforcée entre les principaux pays des divers continents.

Quelles sont les mesures à prendre pour se prémunir de telles crises ?
Le fonctionnement harmonieux d’une société dépend de trois facteurs essentiels : un comportement éthique et responsable de ses membres, un Etat de droit international qui en fixe les règles de fonctionnement et un leadership mondialisé se substituant aux dominations nationales historiques.

Il est malheureusement clair que les comportements humains vont de la générosité d’une mère Teresa à la violence des tueurs et que le fonctionnement de l’économie comporte des acteurs dont le seul but est l’accumulation d’argent et d’autres qui, par leur sens de la gestion, sont les moteurs de la création et de la distribution de richesses ainsi que des progrès techniques, et qui, par le succès de leurs entreprises assurent la croissance des emplois et la diminution de la misère. Les impôts qu’ils payent et les fondations qu’ils créent favorisent la redistribution des richesses; mais tout cela ne suffit pas.

La promotion du sens des responsabilités sociales des entreprises, l’établissement de codes de bonne conduite, la moralisation du capitalisme sont autant d’efforts indispensables. Ainsi doit se poursuivre l’évolution d’un capitalisme sauvage vers un social-capitalisme, soulignant les responsabilités sociales des entreprises, un moral-capitalisme, sans lequel le fonctionnement de l’économie se révèle
inacceptable et un mondial-capitalisme où les entreprises, moteurs de la mondialisation, doivent en corriger les inégalités et en réduire les nuisances.

Le vrai problème est de savoir jusqu’où on peut admettre l’indispensable liberté de créer et
d’entreprendre, tout en évitant les dérives et les excès, notamment dans les montants des crédits à risques, des fonds spéculatifs, de crédits irresponsables ou de rémunérations aberrantes. Mais évitons aussi que des contrôles administratifs ne paralysent l’action.


Comment s’assurer que les dirigeants d’entreprises et leurs conseils d’administration agissent en responsables et avec le degré nécessaire de transparence ?
De nouveaux rapports vont s’établir entre les gouvernements et les entreprises, avec leur indispensable confiance mutuelle et il faudra redéfinir clairement leurs rôles spécifiques.

En l’absence d’un droit mondial régissant le fonctionnement de l’économie, il convient de prévoir de nouveaux traités multilatéraux clarifiant les droits et les devoirs des entreprises. Si d’importants accords existent déjà dans la protection des marques et des brevets, dans l’organisation du travail (OIT) et du commerce mondial (OMC), il n’existe pas un droit des affaires mondialement reconnu et accepté. C’est le droit national ou américain qui se trouve appliqué, sur les divers continents.
La dimension internationale des mesures juridiques à mettre en œuvre devra être l’une des principales préoccupations de ceux appelés à proposer un nouvel ordre économique mondial.
Il convient d’établir une liste des domaines concernés tels que : revoir les normes prudentielles du secteur financier, suivant les principes de Bâle II, éviter les effets pervers des notations des
entreprises, surveiller les montants de liquidité et la capacité de remboursement des emprunteurs, mieux contrôler les produits financiers nouveaux et assurer la transparence des titrisations. Il faudrait introduire des coupe-feu dans les groupes d’entreprises, prévoir des garde-fous pour éviter les dysfonctionnements et les excès de prise de risques, mettre en place un organisme observateur de la conjoncture et préparé à proposer les démarches nécessaires au moment où elles se produisent.
Cette tâche difficile et considérable devra faire l’objet d’études et de consultations mondiales, dans le cadre de l’OCDE ou d’un ECOSOC revitalisé, par une révision de sa composition réservée aux membres de la société civile.

Quant à l’absence d’un leadership politique mondial, le temps est venu de s’en préoccuper. Le Secrétaire Général des Nations Unies, au service de l’Assemblée Générale des Etats n’en n’a pas la compétence, compte tenu de sa mission définie dans la Charte.
Une nouvelle institution multilatérale s’impose telle qu’un Conseil Economique de l’ONU comparable à son Conseil de Sécurité, ou encore une institutionnalisation du G20, élargi ultérieurement à d’autres pays, dotée d’une fiscalité internationale et d’une assemblée élue par les Parlements des Etats-membres. Son président, s’y consacrant, sans un autre mandat national, assurera une permanence d’autorité, qui actuellement revient à quelques chefs d’Etat, à l’occasion de crises telles que nous la traversons.

Il est question de revoir les accords de Bretton Woods (1) bien que la crise mondiale ne soit pas d’origine monétaire, les taux de change ou les spéculations internationales n’en ayant pas été les facteurs essentiels. Cependant, l’on pourrait profiter de cette ambiance stimulante de concertation pour aborder la nécessité de nouvelles institutions de gouvernance économique et de politiques monétaires mondiales.
La concurrence actuelle est faussée par les cours trop bas du dollar et du yuan. La mise en place d’une monnaie mondiale peut se réaliser par des étapes comparables à celles du système monétaire européen des années 75 qui a conduit à l’Euro, celui imagé du serpent dans le tunnel : un système d’intervention des banques centrales et d’une banque mondiale pour limiter les variations de taux de change et tendre à des niveaux acceptables de leurs valeurs respectives. Il est possible qu’une certaine déflation et l’abaissement du taux de crédit de la BCE diminuent la valeur relative de l’Euro, améliorant ainsi la compétitivité internationale de ses pays membres.
Une crise cyclique de ralentissement de la croissance économique due notamment à ce que dans les pays développés les besoins de renouvellement des équipements ménagers, le changement
d’automobiles ou de logement n’ont pas un caractère prioritaire compte tenu des dépenses qui y ont été consacrées au cours des dix dernières années et des inquiétudes et des lourdes pertes découlant de la crise financière.

Une crise sociale mondiale avec une inadaptation du travail aux besoins des populations. Cela est vrai et se constate au niveau national, par exemple en France, par le manque d’infirmières, de personnels qualifiés, d’artisans, dans les secteurs hôteliers et du bâtiment, alors que la demande d’emplois s’accroît globalement. La productivité qui réduit considérablement les emplois agricoles et industriels, la grande difficulté de reconversion des travailleurs impliqués dans cette évolution, les inacceptables différences de
rémunérations et de protections sociales tant en Europe que dans le monde méritent une nouvelle approche sociale mondiale, avec la mise en œuvre d’une gouvernance institutionnalisée mettant en place les remèdes et les politiques indispensables pour corriger des tendances qui condamnent des populations à la misère et au chômage.
Ces ajustements ne peuvent pas se réaliser par les seules lois du marché, ni par des approches nationales non concertées sur le plan international et accentuant les différences existantes et damage ables. Les actions dispersées des Etats et des institutions telles que celles du BIT ne suffisent pas à rassurer le monde ni à en corriger les insuffisances et les dysfonctionnements.

Puisse cette angoissante crise multiple susciter un monde rénové dans ses valeurs, dans ses actions, dans ses structures et dans ses volontés politiques.
























Bilan des semaines 3 et 4, d'Alméria à Casablanca: 1450 Km parcourus, environ 303 kg de CO2 dépensés soit 101 kg par personne, 6 villes visitées.