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NOUVELLE ÉCOLE D'ATHÈNES : la conférence de Bordeaux, un succès!

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DEVENIR LE PDG DE SA VIE


Ute Hélène von Reibnitz*, SCENARIOS + VISION, est consultante et coach en prospective, créativité et management multiculturel. Son cabinet de conseil, installé en France à Vence-06 s’investit pour de grandes entreprises de secteurs variés en Europe et au Moyen-Orient et accompagne également des particuliers dans leur entreprise de prospective individuelle.



Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est la prospective ?

La prospective est l’art d’anticiper les changements futurs et de s’y préparer, soit en tant qu’organisation publique ou privée, soit en tant qu’individu. La prospective est basée sur le constat que rien n’est prévisible et qu’il n’y a pas un avenir, mais plusieurs. On se pose donc les questions suivantes : qui suis-je ? que peut-il advenir ? Et en envisageant les futurs possibles, on se demande quel est, pour moi, l’avenir souhaitable ou la vision de mon avenir. Après la philosophie qui crée le cadre de chaque exercice prospective, on a besoin d’une méthodologie. Celle-ci nous guide de l’aujourd’hui vers des avenirs possibles, et ensuite, elle nous ramène de l’anticipation vers l’action. La prospective, en tant qu’exercice purement intellectuel sans action, ne sert à rien. Plus encore, il faut marier la philosophie avec une approche pratique qui garantit une bonne mise en oeuvre. Ce côté pratique est très important pour mon travail, parce que je suis fortement influencée par les approches allemandes et anglo-saxonnes de la prospective. D’un autre côté, j’ai une grande admiration pour l’approche philosophique de la prospective française. Dans mon quotidien, soit pour les entreprises, les institutions publiques, soit pour les particuliers, j’essaie toujours de mettre en valeur les aspects philosophiques français avec des approches pratiques pour une mise en oeuvre réussie.

Comment peut-on s’appliquer à soi-même des principes définis pour des communautés ou le monde industriel ?

On simplifie les approches de la prospective industrielle afin que les questions existentielles soient encore là, mais sans trop de complexité. Par exemple, si on travaille dans un exercice industriel avec environ 30 à 50 facteurs à anticiper en plusieurs alternatives, pour un individu, il suffit de traiter 6 à 10 facteurs maximum de son environnement personnel et professionnel. La prospective personnelle poursuit le même parcours que la prospective industrielle en plusieurs étapes, mais avec moins de facteurs à élaborer, donc moins de complexité.

Quelle est la philosophie de la prospective personnelle ?

Cette philosophie de la prospective personnelle dit que chacun peut devenir le PDG de sa vie. Comment peut-on imaginer cela ? On ne peut pas changer ou influencer le cadre de facteurs et d’événements extérieurs. Il faut accepter cet environnement comme un cadre défini. Mais au sein de au sein de ce cadre, il y a beaucoup plus de possibilités et de marge de manoeuvre qu’on peut l’imaginer à première vue. Donc, mon travail consiste à guider mes « coachees », à ouvrir leurs yeux sur les opportunités futures à saisir aujourd’hui, tout en envisageant les menaces et les risques qui pourraient contrarier leur stratégie de demain. Le message clé: si on veut façonner un avenir de réussite, de bonheur et d’épanouissement, il faut commencer aujourd’hui par se poser les bonnes questions et bâtir sa stratégie.
Un processus de prospective doit toujours être guidé par des questions qui ouvrent sur un autre point de vue, stimulent notre réflexion d’une manière créative et nous font évoluer personnellement.

Dans quelle situation ou face à quel problème est-il recommandé de faire cette réflexion ? Réflexion ou mathématiques ?

Des situations classiques, comme une crise professionnelle ou personnelle (on a perdu son emploi, l’employeur délocalise, on veut se mettre à son compte, le conjoint a terminé sa relation...), peuvent créer la nécessité ou l’envie de réfléchir et de changer quelque chose dans sa vie. Il y a aussi des personnes, dans une situation sécurisée qui ressentent juste l’envie d’évoluer et cherchent de nouveaux défis ou veulent changer de cap. La dernière situation est plus mature, selon Confucius, qui a dit : « celui qui apprend par la conscience est le plus sage ». Les approches prospectives nous laissent le choix entre l’application des modèles purement qualitatifs et des modèles quantitatifs. Dans mon processus de prospective, j’applique des modèles mathématiques si le client le désire et si c’est vraiment nécessaire, par exemple dans des cas assez complexes avec plus de 30 facteurs à anticiper. Quelques exemples: “ l’avenir de l’aviation en Europe , l’avenir des programmes spatiaux en Europe, l’avenir de la médecine, l’avenir de l’eau”, etc. Dans tous les autres cas, on peut travailler utilement avec une logique de cohérence sans appliquer des modèles mathématiques.

Peut-on prendre sa vie en main, surtout dans une période si agitée ?

Si on ne l’a pas fait avant, c’est urgent, maintenant ! Bon nombre de personnes ont besoin d’une crise pour arriver à la conclusion qu’il faut changer leur vie. Si tout va bien, on ne ressent pas une nécessité ou une urgence de changement. Mais la crise est très souvent nécessaire et c’est le déclencheur d’un tel processus. Donc, on peut dire que la crise a un sens presque thérapeutique. Mais il y a des nuances dans la crise : si elle nécessite un changement des comportements, des croyances, c’est le bon déclencheur de la prospective. Si elle a déjà détruit les bases fondamentales de la vie, c’est trop tard. Comme le disait Talleyrand « si c’est urgent, c’est trop tard » Dans ce cas, il faut faire appel à un gestionnaire de crise pour limiter les dégâts et sortir du tunnel. Après le management de crise, il faut faire un processus de prospective pour ne pas se retrouver dans une situation similaire dans quelques années.

Quels sont les atouts et les limites d’une prospective personnelle ?

L’atout majeur est le processus qui nous ouvre les yeux pour découvrir les évolutions futures dans notre environnement et qui nous mène à des nouvelles idées pour notre vie d’aujourd’hui et de demain. Le second atout est que la prospective, soit industrielle, soit personnelle, ôte la peur du futur (si répandue dans le moment actuel de crise), crée l’envie de façonner notre avenir et nous connecte à nos ressources, pour y arriver. Engager une réflexion, au-delà de nos stratégies à court et à moyen terme, nous donne plus de marge de manoeuvre. Un exemple : si on découvre une menace dans des futurs possibles, on a encore assez de temps pour transformer cette menace en opportunité. Si je n’anticipe pas, et que la crise me frappe, c’est trop tard. Je n’ai plus de marge de manoeuvre, et je ne peux, sans doute, que limiter les dégâts. Donc, mon atout est de devenir proactif et développer une agilité prospective qui nous rende tous capables de faire face à tout type de bouleversement. Mais, il y a aussi des limites : la prospective, soit industrielle ou personnelle, n’est pas un moyen de gestion de crise ou de conflit à court terme.

Quelle est la différence entre la prospective personnelle et les livres type « self-help » ?

La prospective personnelle est basée sur l’idée de façonner son avenir, en utilisant toutes les ressources internes d’une personne, en intégrant des changements de l’environnement personnel et professionnel, pour arriver à une mission et une vision inspirée par ces mutations. Bref, la prospective personnelle connecte ce qui est à l’intérieur d’une personne (ses forces, ses compétences, ses valeurs, sa raison d’être) avec les champs de possibilités extérieurs. Comme on parle beaucoup de gouvernance aujourd’hui, la prospective personnelle est un moyen excellent d’auto gouvernance. Les livres « self help » sont très performants pour l’analyse de la personne et donnent quelques recettes pour sortir d’une situation, mais ils n’utilisent pas les sources personnelles d’inspiration et de l’imagination de l’environnement futur.

En conclusion, les États pourraient-ils utilement tirer profit des méthodes de prospective ? Que leur manque-t-il, à ce jour, pour relever des défis mondiaux ?

Les méthodes de la prospective sont un excellent moyen pour mieux capter les signaux faibles en tendance (se poser la bonne question: à quel moment, est-ce qu’un signal précurseur se transforme en tendance lourde ?) pour mieux anticiper les alternatives de l’avenir et gouverner d’une autre manière. La crise actuelle est l’opportunité unique de mettre en question notre fonctionnement économique et de développer de nouveaux modèles de gouvernance. Par exemple, des modèles avec plus de participation, une répartition juste de la richesse, des critères éthiques et écologiques, rétribués comme des critères de profitabilité, de rémunération de performance à long terme, au lieu de court terme, etc… En conséquence, il est urgent d’initier une prospective internationale qui crée un paradigme de gouvernance juste, éthique et durable. C’est maintenant ou jamais !

Ute Hélène von Reibnitz has published several books in English, French, German, Korean and Russian and
numerous articles in professional magazines.
“Il y a toujours une alternative – découvrez et façonnez votre avenir professionnel”, Economica, Paris, France,
2007
“Es gibt immer eine Alternative – entdecken und gestalten Sie Ihre berufliche Zukunft”, Kösel-Verlag, Munich,
Germany, 2006
“Szenario-Technik – Instrumente für die unternehmerische und persönliche Erfolgsplanung”, Gabler,
Wiesbaden, Germany, 1992
“La Technique des Scenarios”, Ed. Afnor Gestion, Paris, France,1989
“Scenario Techniques”, McGraw-Hill Book Company, Hamburg, Germany 1988
“Szenarien – Optionen für die Zukunft”, McGraw-Hill Book Company, Hamburg, Germany, 1987

http://www.scenarios-vision.com http://www.scenarios-vision.com


Ute Hélène von Reibnitz

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